Je suis profondément dévasté.
Non pas seulement par les révélations visant le Directeur Général de l’Office Congolais de Contrôle, Monsieur Étienne Tshimanga Mutombo, mais par le silence coupable autour de la véritable tragédie : le danger sanitaire que ces fraudes font peser sur la population congolaise.
On parle d’argent. On devrait aussi parler de vies humaines.
Quand le contrôle disparaît, l’esprit de mort plane sur chaque Congolais lambda.
Il est vrai que la RDC importe massivement pour ne pas dire tout :
• la nourriture,
• les médicaments,
• les produits pharmaceutiques,
• les produits chimiques et industriels.
Lorsque l’Office Congolais de Contrôle, censé garantir la conformité des marchandises, est fragilisé par des pratiques frauduleuses, ce ne sont pas seulement les recettes publiques qui s’évaporent.
Ce sont des denrées avariées, des médicaments falsifiés, des substances inefficaces ou dangereuses, qui peuvent inonder nos marchés.
Voici mon témoignage , j’étais aussi victime de faux médicaments ou piratés:
Après une tournée dans le Congo profond, je tombe malade à mon arrivée à Lubumbashi.
Par principe, je refuse l’automédication. Je fais des examens , le diagnostic médical : paludisme et fièvre typhoïde.
Traitement par perfusion pendant une semaine.
Aucune amélioration. Au contraire : aggravation spectaculaire.
De nouveaux examens révèlent une atteinte grave de la thyroïde.
Les produits administrés étaient faux. Des médicaments piratés.
Je rends grâce à Dieu de m’avoir sauvé d’une mort certaine.
Et j’ai compris ce jour-là pourquoi le taux de mortalité demeure si élevé dans notre pays.
Il est de notoriété publique que des réseaux organisés opèrent sur notre sol.
Des unités clandestines de fabrication de produits pharmaceutiques falsifiés existeraient, impliquant certains opérateurs étrangers installés en RDC, notamment issus de réseaux asiatiques, qui agiraient au su et au vu , pour ne pas dire au nez et à la barbe de nos autorités.
Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas de stigmatiser une communauté, mais de dénoncer des réseaux criminels, quelle que soit leur origine.
Lorsque des médicaments falsifiés sont fabriqués localement, emballés avec de fausses étiquettes et injectés dans les circuits de distribution, cela devient un crime sanitaire organisé.
Si les services de contrôle fonctionnaient avec rigueur et indépendance, ces réseaux ne prospéreraient pas.
Les associations de consommateurs en RDC ont un rôle central et crucial à jouer. Elles sont censées protéger le peuple contre les produits falsifiés et les fraudes sanitaires.
Elles doivent :
• dénoncer la prolifération des produits falsifiés ;
• alerter le public sur les dangers sanitaires ;
• exiger des enquêtes rigoureuses contre les fraudeurs ;
• faire pression pour que les responsables, y compris au sein de l’Office Congolais de Contrôle, soient sanctionnés.
Leur silence face à ce crime organisé constitue un acte de complicité.
Ne rien dire, ne rien faire, c’est trahir leur mission et exposer le peuple congolais à un danger mortel.
Le peuple congolais mérite une vigilance citoyenne et des institutions fortes pour garantir sa sécurité alimentaire et pharmaceutique.
On ne peut pas parler de l’Office Congolais de Contrôle sans évoquer la Direction Générale des Douanes et Accises.
L’une contrôle la qualité. L’autre contrôle l’entrée sur le territoire.
Si la rigueur disparaît dans ces deux maillons, la frontière sanitaire de la RDC devient une passoire.
Suite à la suspension de Monsieur Étienne Tshimanga Mutombo, la Directrice Générale adjointe Christelle MUABILU est désignée pour assurer l’intérim à la tête de l’OCC. . Pour moi, c’est une erreur grave que le ministre de tutelle vient de commettre.
Je m’y oppose fermement.
Ils dirigeaient ensemble cette entreprise publique. La gestion était collégiale. La responsabilité morale et administrative ne peut pas être dissociée.
Dans tout État sérieux, lorsqu’un scandale de cette ampleur éclate, l’ensemble de la direction est écarté provisoirement afin de garantir la transparence totale de l’enquête.
Maintenir un membre de la même équipe à la tête de l’institution fragilise la crédibilité du processus.
Si le monde sanctionne. Pourquoi pas nous ?
Les exemples internationaux sont éloquents :
• Guinée (2024-2025) : arrestation et inculpation du Directeur Général des Douanes et de son adjoint pour détournement massif.
• Indonésie (2026) : démantèlement par la Commission anticorruption d’un réseau de pots-de-vin au sein des douanes.
• Moldavie (2024) : démission du chef des douanes suivie d’arrestations d’inspecteurs.
• Cameroun (2025) : exposition de réseaux de corruption dans les ports stratégiques.
• Burkina Faso (2025) : vaste réseau impliquant douaniers et magistrats.
• France (2024-2025) : poursuites contre des hauts fonctionnaires des douanes pour irrégularités graves.
• Malaisie (2025) : arrestation d’agents impliqués dans un syndicat de contrebande.
• Afrique du Sud : le South African Revenue Service applique des sanctions pouvant aller jusqu’à la prison à vie.
• Belgique : l’Administration générale des Douanes et Accises impose des sanctions pénales sévères.
• États-Unis : le U.S. Customs and Border Protection, en collaboration avec la Food and Drug Administration, bloque rigoureusement tout produit sanitaire suspect.
Partout ailleurs, la corruption mettant en danger la santé publique est traitée avec la plus grande fermeté.
Je suis heureux d’apprendre que l’Assemblée nationale s’est saisie de ce dossier criminel.
L’affaire a franchi un cap institutionnel : le dossier est désormais entre les mains de nos parlementaires.
L’Assemblée nationale doit aller au fond des choses.
Sans complaisance. Sans protection. Sans arrangement.
Ce qui est en jeu n’est pas seulement un préjudice financier estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars.
Ce qui est en jeu, c’est la sécurité alimentaire et pharmaceutique de tout un peuple.
La RDC ne peut pas importer la mort.
L’argent peut être récupéré.
Une vie perdue ne revient jamais.
Trop c’est trop ! C’en est assez !
Car le peuple congolais a déjà du mal à nouer les deux bouts du mois, et lui imposer encore cela est une haute manifestation de la mauvaise foi et du mépris.
Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba