CAN 2025 : quand la critique se heurte à la méritocratie, à la masculinité positive et à la vérité des faits

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À la suite de l’élimination des Léopards de la République démocratique du Congo à la CAN 2025 organisée au Maroc, l’ancien ministre des Sports et Loisirs, M. François Kabulo Mwana Kabulo, a livré sur le plateau de l’émission Bosolo na Politik (du 7 janvier 2026) une charge virulente contre le sélectionneur national Sébastien Desabre et contre la présidente du Comité de normalisation de la FECOFA (CONOR), Me Belinda Luntadila.

Si la critique fait partie intégrante du débat démocratique et sportif, elle ne saurait se transformer en règlement de comptes sélectif, encore moins en discours brouillant volontairement les repères institutionnels, la méritocratie et les avancées sociétales portées au sommet de l’État.

La déclaration complète de François Kabulo Mwana Kabulo

Sur le plateau de Bosolo na Politik, M. Kabulo s’est exprimé en ces termes :

« La responsabilité incombe au coach qui est le numéro 1, absolument c’est le coach le numéro 1. Sébastien Desabre, c’est un coach qui ne met pas les gants, il est dominateur. Quand vous voyez… j’ai eu le temps de le côtoyer un peu, personne ne bouge hein ! Même les adjoints, ils parlent à peine. Même nos compatriotes qui sont là-bas, les Mihayo, les Kidiaba, c’est à peine qu’ils parlent. C’est le véritable patron.

Et si nous allons plus loin, parmi les tares que nous sommes en train de constater pour le moment, nous n’avons pas de fédération. On a un CONOR, c’est un truc provisoire qui est nommé par la CAF, aujourd’hui dirigé par une dame, qui est juriste, diplôme magnifique, mais sur le terrain autoritaire footballistique, ça c’est autre chose. Il faut faire la différence.

Bon, la mère n’a pas des assises pour donner des instructions parce qu’un entraîneur, il dépend… »

Il poursuit en comparant la situation congolaise à celle du Cameroun :

« Voyez un peu ce qui se passe au Cameroun. Eto’o Fils, il est président de la fédération et il le fait valoir. Le coach respecte le président de la fédération parce qu’il sait que si ça ne tient pas… il a prouvé la veille de la CAN, il a viré, il est parti.

Mais en RDC, tu ne peux pas. Notre entraîneur pour le moment, je crois que c’est le numéro 1. Personne ne bouge.

C’est lui carrément qui gère la fédération. Donc il ne reçoit des instructions de personne, il fait ce qu’il veut. »

Interrogé sur un éventuel limogeage du sélectionneur, il ajoute pourtant :

« Non ! Non ! Non ! Je ne peux pas le remercier. Nous avons le barrage de la Coupe du monde. »

Une critique paradoxale et sélective

Cette prise de position soulève une question fondamentale :
pourquoi M. Kabulo n’a-t-il jamais formulé ces critiques après la victoire retentissante des Léopards contre le Nigeria ?

À ce moment précis :
• le sélectionneur était le même,
• la présidente du CONOR était la même,
• la structure institutionnelle n’avait pas changé.

Comme le rappelle la sagesse populaire :
la victoire a mille pères, mais la défaite est toujours orpheline.

Une posture à contre-courant de la vision du Chef de l’État

En s’en prenant frontalement à Me Belinda Luntadila, M. Kabulo se place objectivement en porte-à-faux avec la vision du Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, reconnu sur le continent comme l’un des champions de la masculinité positive.

Le Chef de l’État milite clairement :
• contre le sexisme,
• contre les discriminations fondées sur le genre,
• contre ceux qui combattent la parité,
• et pour la méritocratie féminine dans les sphères de prise de décision en RDC.

Remettre en cause l’autorité d’une femme non sur la base de ses résultats, mais sur son genre ou son profil académique, revient à fragiliser les fondements mêmes de cette politique d’égalité et de modernité.

La confusion entretenue autour du rôle du CONOR et de Me Belinda Luntadila

L’attaque la plus discutable de M. Kabulo concerne précisément la présidente du CONOR FECOFA, dont il conteste la légitimité et la capacité à exercer une autorité « footballistique », au motif qu’elle est juriste et que le CONOR serait un organe provisoire.

Or, une interrogation s’impose avec force et cohérence institutionnelle :
en sa qualité de Ministre des Sports, donc Ministre de tutelle de la FECOFA, M. Kabulo avait-il, à l’époque, transmis la moindre recommandation, directive ou mise en garde aux responsables du comité en place, alors que Sébastien Desabre était déjà le même sélectionneur national ?
Si oui, lesquelles ?
Si non, pourquoi ce silence aujourd’hui rompu uniquement par l’échec sportif ?

Rappelons quelques vérités essentielles :
• Le CONOR est une structure de normalisation imposée par la FIFA, en conformité stricte avec les statuts internationaux, afin de sortir la FECOFA de sa crise chronique de gouvernance.
• Son caractère provisoire ne diminue en rien sa légitimité ; il en est au contraire l’expression même.
• L’absence d’élections définitives ne saurait être imputée personnellement à Me Luntadila, dans un contexte marqué par :
• une crise sécuritaire majeure à l’Est,
• des déplacements massifs de populations,
• des contraintes logistiques reconnues par la CAF et la FIFA.

À cet effet, la FECOFA avait publié un calendrier électoral avec une échéance fixée au 25 juin 2025, et une réunion quadripartite CAF–FIFA–FECOFA–Ligues s’est tenue pour préserver le processus de normalisation face aux contre-vérités diffusées dans l’opinion.

Me Belinda Luntadila : compétence, légitimité et reconnaissance internationale

Réduire Me Belinda Luntadila à une simple juriste « sans assises footballistiques » est non seulement inexact, mais profondément injuste.
• Passionnée de football depuis sa jeunesse, ancienne joueuse, elle connaît le terrain autant que les textes.
• Experte en droit du sport et en gouvernance sportive, elle a été nommée en août 2024 par la CAF à la tête du Panel des experts chargé de superviser les candidatures aux commissions électorales de la FECOFA.
• Le 15 mai 2025, lors du 75ᵉ Congrès de la FIFA à Asunción, elle a été élue membre de la Commission de discipline de la FIFA.

Son parcours incarne une rupture salutaire avec les pratiques anciennes du football congolais.

Quand une femme réussit là où des hommes ont échoué

Lorsque Gianni Infantino (FIFA) ou Patrice Motsepe (CAF) saluent la gestion du CONOR FECOFA, ces appréciations traduisent une réalité difficile à accepter pour certains :
une femme est en train de réussir là où, pendant des années, des hommes ont échoué.

C’est sans doute à ce niveau que M. Kabulo « mêle ses pinceaux ».

Une leçon de gouvernance difficilement recevable

Il est enfin impossible d’ignorer que le passage de M. Kabulo au ministère des Sports fut marqué par :
• des accusations de mégestion,
• des soupçons de détournements,
• un scandale de népotisme impliquant plusieurs membres de sa famille.

Dans ce contexte, donner aujourd’hui des leçons d’éthique et de gouvernance apparaît pour le moins paradoxal.

Conclusion

Le football congolais mérite des critiques constructives, pas des procès à charge sélectifs.
Il a besoin de cohérence, de respect des institutions et d’un accompagnement sincère des réformes engagées.

S’attaquer à une femme compétente parce qu’elle incarne le changement, la rigueur et la méritocratie, c’est s’attaquer, indirectement, à la vision républicaine portée au sommet de l’État.

L’histoire retiendra que, face aux vents contraires, certaines femmes ont tenu bon, pendant que d’autres tentaient de réécrire leur propre bilan. La rédaction

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