Depuis son accession à la magistrature suprême, le président Félix Antoine Tshisekedi n’a cessé d’afficher une volonté politique claire : rompre avec les anti-valeurs qui gangrènent l’État congolais. Corruption, clientélisme, népotisme, trafic d’influence , autant de pratiques qu’il a lui-même qualifiées de « détournement continu du destin collectif ».
À travers ce discours, c’est une promesse de refondation morale et institutionnelle de la République démocratique du Congo qui a été portée devant le peuple.
Entre 2025 et 2026, cette volonté s’est traduite par une série de mesures fortes : la création d’un Tribunal Pénal Économique et Financier, véritable juridiction d’élite censée traquer les prédateurs économiques ; la suppression de structures publiques jugées budgétivores afin de rationaliser l’action de l’État ; ou encore le renforcement du contrôle de la sous-traitance à travers l’ARSP, avec l’ambition de favoriser l’émergence d’une classe moyenne nationale affranchie des réseaux clientélistes.
Dans cette dynamique, j’avais moi-même proposé que l’artiste Jean Goubald Kalala soit nommé ambassadeur de la lutte contre la corruption en RDC. Cette suggestion, malheureusement, est restée lettre morte auprès des autorités compétentes, illustrant à quel point les bonnes idées peinent parfois à trouver écho au sommet de l’État.
Dans le même temps, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de réhabiliter le mérite, notamment au sein de l’École Nationale d’Administration, tout en mettant en garde les gouverneurs de province contre les dérives liées aux affiliations politiques ou tribales. L’ambition affichée est claire : substituer à la logique de réseaux une culture de compétence et de responsabilité.
Mais entre la volonté proclamée et la réalité vécue, un fossé persiste. Les accusations de népotisme visant l’entourage présidentiel continuent d’alimenter le débat public et de marquer profondément l’opinion. Dans le même temps, la question cruciale de l’indépendance de la justice demeure entière. Car sans une justice véritablement libre, aucune réforme ne peut durablement s’enraciner.
Ainsi, malgré un arsenal juridique en plein renforcement, une interrogation fondamentale subsiste : la lutte contre les anti-valeurs est-elle en train de transformer en profondeur l’État, ou assiste-t-on simplement à une recomposition des pratiques sous de nouvelles formes ?
C’est dans ce contexte ambigu, entre espoir de rupture et persistance des dérives, que se pose avec acuité la question de la kakistocratie et de ces parvenus qui continuent de confisquer le destin d’un peuple.
Il est des vérités qui dérangent, mais qu’il faut avoir le courage de dire.
Notre pays, la République démocratique du Congo, terre de richesses inouïes et d’hommes valeureux, semble aujourd’hui pris en otage par une catégorie d’hommes sans racines profondes : les parvenus.
Mais au-delà des mots, il faut appeler les choses par leur nom :
ce que nous vivons n’est rien d’autre que l’instauration progressive d’une kakistocratie , le pouvoir confié aux pires, aux moins compétents, aux moins vertueux.
Qui sont-ils ?
Ce sont ces individus surgis de nulle part, propulsés aux sommets de l’État sans parcours, sans mémoire, sans sacrifice. Ils n’ont ni l’empreinte des luttes historiques, ni la conscience des martyrs, encore moins le sens du destin collectif. Leur ascension n’est pas le fruit du mérite, mais celui des compromissions, des réseaux obscurs et des opportunités saisies dans l’ombre.
Là où nos pères rêvaient de bâtir une nation, eux ne voient qu’un terrain d’exploitation. Là où les héros du 4 janvier 1959 ont versé leur sang pour la dignité, les parvenus, eux, marchandent cette dignité contre des privilèges éphémères.
Ils gouvernent sans vision, dirigent sans cap, décident sans conscience.
Leur langage est fait de promesses creuses, leur morale est dictée par l’intérêt immédiat, et leur loyauté ne va ni au peuple ni à la patrie, mais à leurs propres ambitions.
La kakistocratie ne se contente pas d’exister : elle se reproduit.
Elle promeut les médiocres, écarte les compétents, étouffe les voix libres et récompense la servilité. Elle transforme l’État en un espace de prédation, où l’excellence devient suspecte et l’intégrité, un handicap.
Le plus grave n’est pas seulement leur présence au sommet de l’État.
Le plus grave, c’est le modèle qu’ils imposent : celui de la réussite sans effort, de l’élévation sans mérite, du pouvoir sans responsabilité. Une génération entière risque ainsi de croire que l’intégrité est inutile et que la ruse est la clé du succès.
Peut-on bâtir une nation sur de telles fondations ?
La réponse est non.
Un peuple qui oublie ses repères historiques devient une proie facile pour les imposteurs. Un pays qui banalise l’incompétence institutionnalise sa propre chute.
Il est temps de dire non.
Non à la médiocrité érigée en système.
Non à l’imposture élevée au rang de gouvernance.
Non à cette kakistocratie qui gangrène les institutions.
Non à ces parvenus qui confisquent l’avenir d’un peuple au nom de leurs intérêts personnels.
Mais dire non ne suffit pas.
Il faut reconstruire. Il faut réhabiliter la valeur du mérite, de l’engagement, du sacrifice. Il faut redonner à la politique sa noblesse, et à la nation sa dignité.
Car le Congo mérite mieux que des gestionnaires improvisés.
Il mérite des bâtisseurs.
Il mérite des visionnaires.
Il mérite des hommes et des femmes enracinés dans son histoire et tournés vers son avenir.
L’histoire jugera.
Et elle ne sera pas tendre avec ceux qui auront trahi leur mission.
Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba