
Ce 24 avril n’est pas une date comme les autres dans l’histoire de la République Démocratique du Congo. Elle nous renvoie à un moment de bascule, celui du discours historique du Mobutu Sese Seko, annonçant la fin du parti unique. Ce jour-là, le maréchal, les larmes aux yeux, lança cette phrase restée gravée : « Comprenez mon émotion ».
Aujourd’hui, moi aussi, je demande que l’on comprenne mon émotion.
Car si hier la nation pleurait pour sa liberté politique, aujourd’hui elle devrait pleurer pour sa déchéance morale.
Il y a encore quelques années, l’injure publique choquait. Elle indignait. Elle appelait une réaction immédiate de la société.
Aujourd’hui, elle amuse. Elle circule. Elle est applaudie.
Pire encore : elle est devenue un instrument banal de communication politique et sociale.
Dans les rues, dans les médias, sur les réseaux sociaux, les Congolais assistent, souvent impuissants, à une banalisation insupportable de propos obscènes, notamment ceux visant les parties intimes de nos mères.
Et personne ne s’en offusque vraiment.
Comment rester silencieux face à cela ?
La femme congolaise paie déjà un lourd tribut dans cette guerre injuste, imposée par des intérêts étrangers et des multinationales sans foi ni loi. Elle est victime, déplacée, violée, instrumentalisée.
Et cela ne suffit pas.
Il faut encore que, dans l’espace public, elle soit réduite à des insultes dégradantes.
C’est une double peine : physique et morale.
- J’ai toujours eu cette conviction : tout homme est d’abord le fils de sa mère, et c’est dans le respect dû à celle-ci que se mesure sa dignité.
Dans la culture congolaise et surtout celle de nos aïeux , la femme , et plus encore la mère est : sacrée.
Comment ne pas évoquer ici l’héritage artistique et moral de Papa Wemba, dont nous commémorons en ce mois d’avril les 10 ans de disparition ?
À travers ses œuvres, il exaltait la dignité, le respect, l’élégance et la valeur de la femme.
Aujourd’hui, cet héritage est piétiné.
Plus grave encore : l’injure publique vise désormais les institutions elles-mêmes.
- Pour la toute première fois depuis l’accession de notre pays à l’indépendance, une femme congolaise accède à la primature. Et pourtant, notre ndona, la Première ministre Judith Suminwa, est aujourd’hui insultée publiquement, violemment et sans la moindre retenue.
Et que font les services judiciaires ?
Que font les services de sécurité ?
Rien.
Un individu, se revendiquant abusivement « communicateur privé du Chef de l’État », surnommé le « dinosaure », s’autorise des dérives verbales inqualifiables… en toute impunité.
Ce silence est dangereux.
Car il consacre une vérité inquiétante : l’État tolère ce qu’il devrait combattre.
- La République ne se gouverne pas à la bonne foi des hommes, mais à la force légitime de l’autorité de l’État, qui doit être restaurée sur toute l’étendue de la RDC.
Pourtant, la loi existe.
L’article 75 du Code pénal congolais punit l’injure publique. Mais que prévoit-il ?
• 8 jours à 2 mois de servitude pénale
• Une amende dérisoire
Le Code du numérique, issu de l’ordonnance-loi de 2023, complète ce dispositif, notamment à travers son article 360, qui sanctionne l’initiation ou le relais de fausses informations, souvent utilisées comme vecteurs d’injures et d’atteintes à la dignité.
Mais malgré cet arsenal juridique, une réalité demeure :
- les sanctions ne sont pas à la hauteur des attentes du peuple congolais, devenu victime quotidienne de l’injure publique.
Dans certains pays, l’injure publique n’est pas traitée avec légèreté.
- En Iran, l’insulte, notamment envers les autorités ou les symboles sacrés, peut entraîner des sanctions extrêmement sévères, allant de peines d’emprisonnement à la flagellation, voire, dans certains cas, à des peines très lourdes lorsque l’injure est assimilée à une atteinte grave à l’ordre moral et public.
Ce modèle, aussi strict soit-il, révèle une réalité fondamentale :
- dans certaines sociétés, la dignité, le respect et l’autorité ne sont pas négociables.
Pourquoi la RDC devrait-elle rester un espace de permissivité absolue ?
Il est temps d’agir.
J’en appelle aux représentants du peuple au Palais du peuple :
- Révisez l’article 75 du Code pénal
- Renforcez les dispositions du Code du numérique (article 360)
- Durcissez les peines
- Adaptez la loi à l’ère numérique
- Faites de l’injure publique une infraction réellement dissuasive
Les amendes doivent être significatives et contribuer à la trésorerie de l’État.
Les peines doivent refléter la gravité morale de l’acte.
Une nation ne meurt pas seulement par les armes.
Elle meurt aussi par la perte de ses valeurs.
Lorsque l’injure devient normale,
Lorsque l’irrespect devient banal,
Lorsque l’humiliation devient spectacle,
Alors la République vacille.
En ce 24 avril, je ne pleure pas seulement par nostalgie d’un moment historique.
Je pleure pour une nation qui oublie ses fondements.
Je pleure pour une jeunesse qui banalise l’indignité.
Je pleure pour des institutions qui se taisent.
Mais surtout, je refuse de me résigner.
Car tant qu’il restera des voix pour dénoncer,
tant qu’il restera des consciences éveillées,
la République pourra encore se relever.
Par Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé
Activiste et Penseur .