La question du dialogue politique en République démocratique du Congo (RDC) revient une fois de plus au centre du débat national. Mais cette fois, elle divise profondément l’opposition elle-même. D’un côté, , figure morale respectée pour son combat en faveur des victimes de violences sexuelles, s’oppose fermement à la vision portée par . Au cœur de cette divergence : la participation de et de à un éventuel dialogue national.
Pour Denis Mukwege, la situation à l’Est de la RDC dépasse le simple cadre politique. Elle relève d’une tragédie humaine documentée, marquée par des milliers de morts, des massacres, des viols et des destructions massives de vies. À ses yeux, tous les rapports internationaux sérieux ont déjà identifié les responsabilités dans ces crimes. Dès lors, ouvrir un dialogue incluant ceux qui sont soupçonnés ou accusés d’y être liés reviendrait à banaliser l’horreur et à piétiner la mémoire des victimes.
Mukwege met en garde contre une dérive dangereuse : celle d’un dialogue qui servirait à « blanchir » des acteurs impliqués dans des violences graves. Selon lui, il est illusoire de croire que des figures comme Joseph Kabila ou Corneille Nangaa participeraient à des discussions dans une logique de reddition de comptes ou de vérité. Au contraire, cela risquerait de transformer le dialogue en un espace de légitimation politique, sans justice préalable.
La critique devient plus directe lorsqu’elle vise Martin Fayulu. En plaidant pour un dialogue inclusif à tout prix, ce dernier est accusé de manquer de cohérence politique. Comment, s’interroge Mukwege, peut-on se réclamer du peuple tout en proposant d’associer à la table des discussions ceux qui sont perçus comme responsables des souffrances de ce même peuple ? Cette position soulève une contradiction fondamentale qui fragilise le discours de Fayulu.
Au-delà de la rivalité politique, c’est une question éthique qui est posée. Mukwege insiste sur la nécessité de placer la justice au-dessus des calculs politiques. Pour lui, la priorité n’est pas de réunir tous les acteurs autour d’une table, mais de reconnaître les crimes, de rendre justice aux victimes et de restaurer la dignité humaine. Sans cela, tout dialogue risque de devenir une mascarade.
Dans un contexte où l’Est de la RDC continue de saigner, les propos de Denis Mukwege résonnent comme un appel à la responsabilité morale. Ils rappellent que la paix durable ne peut être construite sur l’oubli ou la compromission, mais sur la vérité, la justice et le respect des victimes. À l’heure des choix, la classe politique congolaise est ainsi interpellée : dialoguer, oui, mais pas au prix de l’impunité.