Depuis son accession à l’indépendance, le Congo-Kinshasa avait opté pour un système démocratique qui connaîtra toutefois une rupture majeure en 1965, avec l’accession au pouvoir du dictateur Mobutu Sese Seko, qui sera finalement renversé en 1997. Cette période sera suivie d’une longue transition politique, jusqu’en 2006, année où le Congo-Kinshasa verra à nouveau souffler sur lui le vent de la démocratie, mais sous une autre forme que nous qualifions de « démocratie compromissoire », qui s’était notamment matérialisée par la formule politique du « 1+4 ».
Cette forme de démocratie, que nous considérons comme particulièrement dangereuse, se caractérise par un système dans lequel la volonté décisionnelle des acteurs politiques, guidée par la recherche de compromis et d’intérêts réciproques, tend à primer sur les textes légaux, voire sur la Constitution, qui constitue la loi fondamentale de la République. Dès lors qu’une décision résulte d’un compromis politique, celui-ci peut être invoqué pour justifier, voire légitimer, la violation de la Constitution au détriment de la volonté populaire.
À cela vient s’imposer un autre système, que nous considérons comme encore plus préoccupant, parce qu’il porte atteinte non seulement aux principes de bonne gouvernance, mais également à certaines exigences morales et éthiques. C’est celui que nous appelons « l’inaptocratie », entendue ici, de manière satirique, comme un système dans lequel des personnes insuffisamment aptes à exercer des responsabilités publiques sont élues ou nommées au pouvoir en raison de leur appartenance tribale ou ethnique, de leur proximité politique, ou encore en guise de reconnaissance pour leur engagement passé au sein de tel ou tel parti politique. Cette logique peut également être fondée sur l’héritage politique de leurs pères ou de leurs grands-pères, sans nécessairement tenir compte de leur background, de leurs capacités intellectuelles, de leur QI, de leur mindset, de leur expérience ou encore de leur aptitude réelle à exercer les fonctions qui leur sont confiées.
Ces deux phénomènes politiques constituent, à nos yeux, une véritable bombe à retardement pour la République, qui alimentent le sous-développement et les différents maux qui en découlent. Le Congo-Kinshasa ne pourra connaître un changement véritable et durable tant qu’il ne parviendra pas à se débarrasser de la démocratie compromissoire et de l’inaptocratie, qui conduisent à privilégier les appartenances tribales et ethniques, les intérêts partisans ou les récompenses politiques au détriment de la compétence, du mérite et de l’intérêt général.
D’après Jonathan Ndaye, l’avenir de la République démocratique du Congo dépendra de sa capacité à construire un système politique dans lequel la compétence prime sur l’appartenance, le mérite sur la récompense politique et l’intérêt général sur les intérêts particuliers.