Électricité en RDC : juger la SNEL d’hier avec les réalités d’aujourd’hui ?

Spread the love

La question de la desserte en électricité en République démocratique du Congo (RDC) continue de susciter débats et prises de position. Pourtant, toute analyse sérieuse impose une lecture lucide des réalités d’hier et des défis d’aujourd’hui.

Comparer la gestion actuelle de la Société nationale d’électricité (SNEL) à celle d’il y a plus de trois décennies relève d’un raccourci discutable. En effet, la RDC de 1990 n’est plus celle de 2026. En l’espace de 32 ans, le pays a connu une croissance démographique exponentielle. À Kinshasa, la population a été multipliée par plus de quatre, entraînant mécaniquement une pression accrue sur les infrastructures énergétiques.

À cette explosion démographique s’ajoute une transformation structurelle de l’économie nationale. L’essor des sociétés industrielles, notamment dans le secteur minier au Katanga, a considérablement augmenté la demande en énergie. Aujourd’hui, la SNEL ne fait plus face à une demande domestique limitée, mais à un besoin global, à la fois urbain, industriel et stratégique.

Dans ce contexte, nier l’existence du phénomène d’étiage relève d’une lecture partielle, voire malhonnête, de la situation. Le changement climatique est une réalité mondiale, et la RDC n’y échappe pas. La baisse du niveau des eaux, notamment du fleuve Congo, impacte directement la production hydroélectrique, principale source d’énergie du pays.

Face à ces défis multiples, le Directeur général de la SNEL, le Professeur Docteur Ingénieur Teddy Lwamba, évolue dans un environnement nettement plus complexe que celui de ses prédécesseurs. Contrairement aux comparaisons simplistes, la gestion actuelle doit concilier croissance démographique, industrialisation et contraintes environnementales.

Malgré ces pressions, des efforts notables sont engagés pour améliorer l’accès à l’électricité. L’une des initiatives majeures reste le projet de bateau-centrale, présenté comme une solution innovante et durable pour renforcer la capacité énergétique, en particulier à Kinshasa.

Ce projet présente plusieurs avantages stratégiques :

  • Aucun coût d’investissement direct pour l’État ou la SNEL ;
  • Plus de 20 millions de dollars de recettes fiscales attendues ;
  • Une réponse partielle au déficit structurel de la capitale, où la demande est estimée à 1 200 MW contre seulement 620 MW disponibles.

Signé en 2021 et validé par l’Autorité de régulation de l’électricité (ARE) en 2022, ce contrat s’inscrit dans une logique de modernisation du secteur. Il vise à stabiliser la desserte et à réduire les coupures récurrentes qui affectent les populations.

Au-delà des critiques, l’enjeu reste donc de taille : adapter un système énergétique hérité du passé à une réalité contemporaine marquée par une forte croissance et des exigences accrues.

Dans cette dynamique, les solutions engagées aujourd’hui pourraient bien constituer les bases d’un redressement durable du secteur électrique en RDC.

Le Tonnerre

Share

Related posts