Par Mingiedi Mbala N’Zeteke Charlie Jephthé
Activiste, Penseur et Notable de Madimba
Depuis plus de trente ans, la RDCongo subit des agressions à répétition. L’Union africaine négocie, multiplie les processus diplomatiques, mais où sont les sanctions dissuasives ? Où est la force africaine censée protéger les États membres agressés ?
Depuis 1996, le sol congolais sert de champ de bataille à ses voisins et devient le théâtre de scènes de pillage. Le Rwanda et l’Ouganda ont soutenu l’AFDL dans la conquête du Zaïre. À Kisangani, en 1999 et 2000, leurs deux armées se sont affrontées sur le territoire congolais, tuant des civils et détruisant leurs habitations.
Le cœur du paradoxe congolais : comment un pays peut-il accueillir autant de forces internationales et régionales sans jamais parvenir à une paix durable ?
Les forces sous-régionales ne sont pas neutres. Derrière les mandats de paix se cachent des rivalités géopolitiques et économiques.
Le fait que la RDC appartienne à plusieurs organisations (SADC, EAC, CEEAC) crée une superposition de forces sans commandement unifié. Les groupes armés exploitent ces failles de coordination.
Pendant 30 ans, les différents accords de paix ont imposé le « brassage » et le « mixage », c’est-à-dire l’intégration d’anciens rebelles au sein de l’armée congolaise donc les infiltrés . Cela a structurellement affaibli les FARDC de l’intérieur (fuites d’informations, trahisons).
Sous l’égide de médiations régionales et internationales (comme les accords de Sun City en 2002 ou l’accord d’Addis-Abeba en 2013 sans oublier la déclaration de Nairobi (2013) et le Processus de Nairobi (Lancé en 2022)), la RDC a été poussée à intégrer les rebelles défaits au sein des institutions politiques et surtout de l’armée nationale (FARDC).
Aujourd’hui encore, les experts de l’ONU documentent le soutien militaire rwandais à l’AFC/M23. Kigali parle de défense. Le peuple congolais, lui, voit ses villes occupées, ses populations déplacées et ses richesses exportées.
Pourtant, la RDCongo attend toujours une réponse à la hauteur de ses souffrances.
L’Union africaine (UA) n’a jamais condamné explicitement le Rwanda en lui infligeant des sanctions financières, politiques ou économiques.
Alors, à quoi servent les mécanismes africains s’ils ne peuvent même pas dissuader une agression ?
La goutte qui a fait déborder le vase, c’est de voir le Goliath au corps chétif (comme l’a surnommé sa majesté le prophète Joseph Mukungubila), Paul Kagame, devenir président en exercice de l’UA en 2018, alors que son pays est l’agresseur attitré de la RDC !
Comment l’accusé peut-il devenir le visage de l’institution censée défendre les victimes ?
Cette contradiction résume l’échec de la solidarité africaine.
Pendant que le Congo saigne, ses minerais alimentent des circuits régionaux. C’est ce que je dénonce comme le « minerai du sang ».
Comment comprendre qu’un pays dont la souveraineté est régulièrement violée puisse continuer à attendre une solidarité africaine qui ne se traduit pas par des mesures dissuasives à la hauteur des souffrances de sa population ?
Pour les Congolais, ce contraste est particulièrement douloureux. Ils voient leur pays subir des guerres et des pertes humaines, tandis que le dirigeant rwandais a pu accéder à la plus haute fonction politique de l’organisation continentale.
Comment demander au peuple congolais de croire pleinement à la solidarité africaine lorsqu’il constate un tel décalage entre les principes de l’Union et la réalité vécue sur son propre territoire ?
Kinshasa a accueilli le sommet de l’OUA en 1967 et investi dans la Cité de l’OUA. Le Congo a contribué à l’unité africaine. Mais le panafricanisme ne peut pas devenir une prison pour un peuple dont la souveraineté est bafouée.
Le Maroc a quitté l’OUA en 1984 avant de rejoindre l’UA en 2017. Le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne avec le Brexit. Ces précédents montrent qu’un État peut réexaminer son appartenance à une organisation régionale.
Pourquoi la RDC devrait-elle rester indéfiniment dans une organisation qui ne parvient pas à protéger efficacement son territoire ?
Le précédent prouve qu’un État peut suspendre son appartenance, défendre ses intérêts et revenir lorsque les conditions sont réunies.
Voilà pourquoi la volonté de quitter l’UA ne doit pas être réduite à une menace passagère. Elle exprime une interrogation profonde sur le fonctionnement de l’organisation, sur les alliances qui influencent ses décisions et sur sa capacité à garantir l’égalité souveraine de ses membres.
L’Union africaine doit comprendre que la patience du peuple congolais n’est pas illimitée.
La RDC ne réclame pas un traitement de faveur. Elle réclame que les principes proclamés par l’organisation soient appliqués avec cohérence : respect des frontières, souveraineté des États, protection des populations et responsabilité face aux agressions.
Si ces principes ne produisent aucun effet concret lorsqu’il s’agit de la RDCongo, alors les autorités congolaises doivent avoir le courage d’évaluer toutes les options, y compris celle d’un retrait conforme à l’Acte constitutif.
L’article 31 de l’Acte constitutif de l’UA prévoit le retrait par notification écrite, avec effet après un an.
Je conditionne le retour de la RDC à la fin des agressions et au départ des forces étrangères. J’exige également le départ du sol congolais d’alias Joseph Kabila et de son mouvement politico-militaire, que je surnomme le FRN : « Front rwandais pour la nuisance. »
Voilà pourquoi nous voulons que la RDC envisage sérieusement de quitter l’Union africaine, comme le Maroc l’avait fait à son époque.
Une telle décision ne devrait ni être improvisée ni être prise uniquement sous le coup de l’émotion. Elle devrait résulter d’un débat national, d’une évaluation rigoureuse des conséquences et d’une volonté claire de défendre les intérêts fondamentaux de la RDC.
La RDCongo ne demande pas la charité. Il exige le respect de sa souveraineté et la justice pour son peuple.
La solidarité africaine ne peut pas être une obligation pour la RDCongo et une option pour les autres.