Le projet “Kin la Belle”, doté d’un financement de 250 millions de dollars américains, se présente comme une initiative majeure pour transformer durablement la gestion des déchets dans la ville de Kinshasa . À première vue, les moyens sont conséquents et les ambitions louables : assainir la capitale, moderniser les infrastructures urbaines et améliorer le cadre de vie de millions d’habitants.
Pourtant, une récente descente du président au Grand Marché Zando a révélé une réalité préoccupante. Entre insalubrité persistante, dégradation rapide des avenues récemment réhabilitées et occupation anarchique de l’espace public, le contraste est frappant entre les investissements engagés et les résultats visibles sur le terrain.
Cet épisode met en lumière une vérité fondamentale : le défi de Kinshasa n’est pas uniquement financier. Il est avant tout structurel.
La gestion moderne des déchets ne se limite pas à la collecte. Elle implique une organisation complexe reposant sur plusieurs piliers essentiels : la logistique, la planification urbaine, la gestion financière rigoureuse, l’exploitation des données, les partenariats public-privé, la maintenance des équipements, ainsi que le développement d’une véritable économie circulaire. Autant de dimensions qui exigent des compétences pointues et une coordination efficace.
Or, en République démocratique du Congo, de nombreux projets d’envergure continuent d’être confiés à des structures insuffisamment professionnalisées, souvent sans mécanismes solides de suivi, d’évaluation et de redevabilité. Cette faiblesse institutionnelle réduit considérablement l’impact des investissements, même les plus importants.
Le projet “Kin la Belle” illustre parfaitement ce paradoxe : des ressources financières importantes, mais une exécution qui peine à suivre. Sans gestionnaires qualifiés, sans culture de performance et sans discipline institutionnelle, les financements risquent de produire des résultats limités, voire éphémères.
La RDC n’a pas seulement besoin de financements massifs. Elle a besoin d’institutions capables de transformer ces ressources en résultats concrets et durables. Car au final, ce ne sont pas les budgets qui changent un pays, mais bien la qualité de la gouvernance, la compétence des acteurs et l’efficacité dans l’exécution des politiques publiques.
Pour que “Kin la Belle” devienne autre chose qu’un projet de plus, il est impératif d’instaurer plus de rigueur, de professionnalisme et un véritable sens de responsabilité dans la gestion publique. Sans cela, même les initiatives les mieux financées risquent de ne jamais atteindre leur plein potentiel.
Kinshasa mérite mieux que des ambitions. Elle mérite des résultats.
LE TONNERRE