Par Mingiedi Mbala N’Zeteke Charlie Jephthé
Activiste, penseur et notable de Madimba
Tout le monde a naïvement cru que l’accession d’alias Joseph Kabila à la magistrature suprême, après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila, résultait d’un simple concours de circonstances. Pour ma part, j’y vois l’aboutissement d’un projet géopolitique régional dans lequel le Rwanda a joué un rôle déterminant.
Cette histoire me rappelle celle de Jules César et Brutus. César aurait prononcé cette phrase célèbre en découvrant son protégé parmi ses assassins : « Toi aussi, mon fils, Brutus ? »
À mes yeux, Laurent-Désiré Kabila aurait pu exprimer la même désillusion face à celui qui lui a succédé.
Cette interrogation prend une autre dimension à la lumière des déclarations de l’ancien député européen français Jean-Luc Schaffhauser, qui affirmait qu’alias Joseph Kabila avait été choisi parce qu’on pensait pouvoir manipuler ce jeune homme, présenté comme étant de nationalité rwandaise:
« Puis-je aussi rappeler que, lorsque Laurent-Désiré Kabila se retourna en étant un patriote pour son pays, on décida, ici, à Bruxelles […] de son élimination […] et qu’alors, on est allé chercher Joseph Kabila en se disant qu’on manipulerait ce jeune parce qu’il était de nationalité rwandaise… »
À cela s’ajoutent sa formation militaire dans l’environnement de l’Armée patriotique rwandaise et le rôle d’officiers rwandais, notamment James Kabarebe, dans son parcours au sein de l’AFDL.
Pour moi, ces éléments ne sont pas isolés. Ils s’inscrivent dans une même logique : installer un relais politique au sommet de l’État congolais. Mais les concepteurs de cette stratégie ont commis une erreur fondamentale : ils ont sous-estimé la géospiritualité de la RDC.
L’un des épisodes les plus sombres des dix-huit années de pouvoir d’alias Joseph Kabila reste la répression du 30 décembre 2013 contre les adeptes et partisans de Sa Grande Majesté le Prophète Joseph Mukungubila Mutombo, qui est un cousin de Laurent-Désiré Kabila.
Dans sa lettre ouverte du 28 décembre 2013, le Prophète avait publiquement contesté l’identité et les origines de celui qui dirigeait alors le pays. Cette prise de position constituait, une remise en cause majeure du récit politique entourant le chef de l’État.
Deux jours plus tard, une répression sanglante frappait d’abord Lubumbashi, Kinshasa, Kindu, Kolwezi et d’autres localités.
Le rapport d’enquête de la Ligue des électeurs, membre de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), publié le 22 mai 2014, fait état de plus de 250 personnes tuées au Katanga et de 71 civils à Kinshasa. Le bilan dépasse ainsi les 300 morts selon les chiffres rapportés par les enquêteurs, alors que le bilan officiel annoncé était de 103 morts.
Ce rapport évoque également des disparitions, des arrestations et des fosses communes.
Je considère qu’alias Joseph Kabila porte une responsabilité politique majeure dans cette tragédie. L’établissement d’éventuelles responsabilités pénales individuelles appartient, quant à lui, à la justice.
Plus de 300 vies perdues : cette page ne peut être effacée de la mémoire nationale. On ne peut prétendre raconter les dix-huit années du régime Kabila sans évoquer le sang versé le 30 décembre 2013.
Le plus troublant, c’est qu’alias Joseph Kabila lui-même avait reconnu les limites de sa gouvernance.
Dans son entretien accordé au journal américain The New York Times, publié le 3 avril 2009, alias Joseph Kabila reconnaissait :
« Non. C’est le plus grand problème. Je n’ai pas 15 personnes qui travaillent avec moi avec la même conviction, la même volonté de changer les choses. Vous en trouvez deux, trois, quatre… mais pas 15.
Le 26 janvier 2018, il évoquait son plus grand regret : ne pas avoir réussi à transformer le peuple congolais.
Car il pensait que le peuple congolais est dupe au point d’accepter l’esclavage rwandais.
Enfin, le 17 août 2018, à Windhoek, il déclarait : « Je ne vous dis pas au revoir, je vous dis à bientôt. »
Aujourd’hui, son retour sur la scène politique donne à cette phrase une résonance particulière. Il semble n’avoir jamais véritablement renoncé à revenir.
Aujourd’hui, avec son retour sur la scène politique et son implication dans le FRN, cette déclaration prend une autre dimension.
Il n’avait peut-être pas dit au revoir parce qu’il n’avait jamais véritablement quitté le jeu.
Durant son règne, plusieurs décisions ont nourri les soupçons sur ses rapports avec Kigali : le brassage et la mixité au sein des FARDC, l’intégration d’anciens rebelles du RCD-Goma et du CNDP, ainsi que l’opération Umoja Wetu de 2009, qui permit à l’armée rwandaise d’intervenir officiellement sur le territoire congolais.
Les interrogations autour des circonstances de la mort des généraux Mamadou Ndala et Jean-Lucien Bauma ont également marqué cette période, ces deux officiers associés à la résistance militaire contre l’occupation rwandaise à l’Est.
Parallèlement, les enquêtes internationales, notamment celles de Bloomberg et de Congo Hold-up, ont révélé l’existence d’un vaste empire économique familial : des dizaines d’entreprises, plus de 120 permis miniers selon les données rapportées, des propriétés foncières, des intérêts bancaires, immobiliers, agricoles et commerciaux.
Le contraste est saisissant : pendant que le peuple congolais s’appauvrissait, le clan Kabila consolidait sa puissance économique.
L’histoire internationale connaît plusieurs exemples de dirigeants dont les relations avec des puissances étrangères ont fini par devenir des questions de souveraineté et de trahison nationale.
Vidkun Quisling, en Norvège, demeure le symbole du dirigeant collaborateur sous occupation allemande. Viktor Ianoukovytch, en Ukraine, a été condamné par contumace pour haute trahison.
Ces parcours rappellent qu’un pouvoir politique ne peut durablement se dissocier de la question de la loyauté envers sa nation.
Mohamed Morsi, ancien président égyptien, fut également condamné dans des affaires d’espionnage et de transmission de secrets d’État à des organisations et puissances étrangères. Il est mort en détention en 2019.
Ce deux exemples montrent que les relations entre un dirigeant et une puissance étrangère peuvent finir par devenir une question majeure de souveraineté nationale et de responsabilité historique.
Pour moi, l’erreur cardinale d’alias Joseph Kabila a été de croire qu’il pouvait entretenir indéfiniment le double jeu.
Son rapprochement avec l’AFC/M23 et son implication dans la nouvelle architecture politique du FRN donnent une autre dimension aux interrogations qui entouraient déjà son parcours.
La taupe est finalement sortie de son trou !
En voulant revenir sous le costume de l’opposant, il a surtout donné aux congolais l’occasion de relire ses dix-huit années de pouvoir sous un autre angle.
Il existe également une logique implacable dans les alliances de cette nature : le relais local peut être utilisé aussi longtemps qu’il sert les intérêts de la puissance qui le soutient, avant d’être abandonné lorsqu’il devient encombrant.
C’est pourquoi je considère son retour dans le giron politico-militaire de l’Est comme une erreur historique majeure.
En science politique comme en littérature, l’obsession d’un ancien dirigeant à restaurer son passé révèle souvent qu’il n’a plus d’avenir. Ce désir de retour coûte que coûte au pouvoir n’est pas une preuve de vie, mais le chant du cygne d’un homme qui appartient déjà au passé. Prophétiquement parlant , c’est sa mort physique qui s’annonce.
La dissolution d’un parti politique le PPRD est un présage à la fin de sa vie sur cette terre.
Ceux qui ont cru pouvoir programmer le destin de la République démocratique du Congo ont oublié une dimension essentielle : la géospiritualité.
Le Congo n’est pas un simple territoire géographique que l’on peut soumettre au gré des alliances, des occupations militaires ou des arrangements politiques.
On peut occuper des territoires, installer des hommes, fabriquer des alliances et contrôler des institutions. Mais on ne peut éternellement vaincre la destinée profonde d’un peuple.
Le projet que je qualifie de projet Hima-Tutsi n’a pas réussi à soumettre définitivement la RDC parce que ses concepteurs ont sous-estimé cette profondeur historique, culturelle et spirituelle.
Le projet Hima-Tutsi avait besoin d’un relais à la tête du Congo.
Voilà ma conviction fondamentale : la géospiritualité est la clé de toute solution durable pour le Congo.
EN RDC, LA GÉOSPIRITUALITÉ PRIME SUR LA GÉOPOLITIQUE.