Le Professeur Ikanga Ngozi za Kyongo, un fin analyste des questions politiques de la République Démocratique du Congo, a voulu éclaircir l’opinion nationale sur les motivations réelles de l’opposition dénommée Coalition article 64 (C64), poussant ses membres à plaider, avec autant d’énergies, la tenue du dialogue national, avec la participation du Chef rebelle Joseph Kabila, un condamné à mort.
Le professeur commence sa tribune par une question à laquelle il répond avec toute la pertinence qu’on lui reconnaît.
Les C64 : une antichambre de l’agression de la République Démocratique du Congo par le Rwanda ?
La question est brutale, et c’est pour cela qu’il faut la poser nettement : la déclaration de Rome, le 27 octobre 2026, fait-elle de la Coalition Article 64, dite C64, une antichambre de l’agression ? Une antichambre, c’est la pièce où l’on attend avant d’entrer au salon. La question n’est donc pas de savoir si les cinq signataires de Rome — Fayulu, Katumbi, Sesanga, Kabund, Matata Ponyo — ont voulu servir l’agresseur. Les intentions ne sont pas le sujet. Le sujet, c’est la fonction du texte : prépare-t-il, oui ou non, l’entrée du chef de la rébellion dans la politique légitime, sans désarmement, sans retrait, sans justice ? À la lecture croisée, la réponse est oui. Et vraiment oui. Sans aucune ambiguité.
Premier indice : le récit. La déclaration de Rome raconte une crise « congolo-congolaise », un différend entre Congolais qu’un dialogue entre Congolais suffirait à régler. Faux. C’est, mot pour mot, le récit de l’agresseur. Car l’agression, pour réussir politiquement, a besoin d’une chose : que l’on oublie qu’elle est une agression. Tant que le monde voit une guerre d’agression menée par le Rwanda, avec des troupes, des armes et un chef de rébellion, le FRN reste ce qu’il est : une rébellion soutenue de l’extérieur. Dès que l’on parle d’un « différend entre Congolais », la rébellion devient une « partie au conflit », et son chef, Joseph Kabila, un interlocuteur. Un condamné à mort par la justice congolaise. La déclaration de Rome opère exactement ce glissement : elle dénonce « le recours à la force » en général, elle réclame le retrait des « troupes étrangères » en général, et elle ne nomme jamais le Rwanda, agresseur patenté bien documenté depuis plusieurs décennies par les organisations internationales de droits himains. Le Rwanda, manipulateur habituel et professionnel, a fait porter la toge à son lieutenant Joseph Kabila, mais c’ est lui-même, Kigali, qui a les doigts sur la gachette contre la RDCongo.
Deuxième indice : le prix offert sans contrepartie. Le 12 octobre, Joseph Kabila prend à Goma la tête du Front pour la refondation de la Nation. Magiquement sans aucune relation préalable avec le M23 dans le passé? Incroyable. Le 27 octobre, quinze jours plus tard, la C64 annonce vouloir le rencontrer séparément, pour préparer un dialogue national inclusif avec « toutes les parties au conflit ». En quinze jours, le chef d’une rébellion armée, condamné à mort par la justice congolaise en septembre 2025, est passé du maquis à la table des négociations — sans avoir déposé une seule arme, sans avoir rendu un seul territoire, sans que les troupes rwandaises aient reculé d’un pas. Ce que la guerre ne lui avait pas donné — la légitimité politique —, la déclaration de Rome le lui offre sur un plat en or, et gratuitement? Il faudra être naïf pour y croire. Une antichambre ne fait rien d’autre : elle fait attendre celui qui entre, puis elle ouvre la porte. Les C64 ne rempliraient-ils pas cette piètre fonction anticonstitutionnellement en faveur d’un codmné à mort? De ce fait, quel crédit le peuple congolais pourrait-il accorder à ces lieutenants de l’agression dont son pays est victime et qui voudrait sa partition?
Troisième indice : la direction du feu. La déclaration est d’une précision redoutable quand elle vise Kinshasa : « projet de coup d’État constitutionnel », article 64 brandi contre le pouvoir, article 190 invoqué pour exiger la dissolution de la « Force du progrès », libération d’Epenge, de Vuvu et de Chisso, enquêtes sur les manifestations du 12 juin et du 15 septembre. Chaque balle tirée sur Kinshasa est une balle qui n’est pas tirée sur Kigali. Pendant que la C64 délibérait à Rome, l’armée affrontait de nouveau le FRN dans le territoire de Walikale ; les écoles étaient fermées à Goma et à Bukavu ; des millions de déplacés survivaient dans des conditions inhumaines. Et le texte issu de Rome consacre ses exigences les plus précises non pas à l’occupant, mais au gouvernement qui résiste pour protéger la RDC et ses populations. Une opposition qui tire sur la capitale assiégée et épargne l’armée assiégeante a choisi son camp, même si elle le nie.
La mécanique de l’antichambre tient en trois gestes. D’abord, normaliser l’interlocuteur : Kabila n’est plus le condamné ni le chef rebelle, il devient « une partie au conflit », un partenaire de dialogue comme un autre. Ensuite, renvoyer dos à dos : la déclaration condamne « avec la même fermeté » le projet constitutionnel prêté au pouvoir et le recours aux armes — comme si un projet constitutionnel, même contesté, et une guerre d’agression pesaient du même poids. Enfin, renvoyer la justice à plus tard : le dialogue d’abord, le reste ensuite. Or, en politique, « plus tard » veut dire « jamais » : une fois le condamné assis à la table, le verdict est déjà défait. Voilà comment une antichambre fonctionne : elle ne commet pas l’agression, elle la fait entrer, lui accordant ainsi une faveur.
On objectera que la C64 a aussi réaffirmé la souveraineté, l’intégrité territoriale, la résolution 2773, et son opposition à tout troisième mandat et à tout report des élections de 2028. C’est exact, et il faut le reconnaître. Mais c’est précisément ce qui rend le texte si efficace comme antichambre : il garde les mots de la souveraineté tout en abandonnant leurs conséquences. Invoquer la résolution 2773 sans nommer le Rwanda, c’est garder la référence et perdre la cible. Mettre en garde contre la balkanisation sans exiger la restitution des territoires occupés, c’est garder l’avertissement et perdre l’acte. Une antichambre réussie ne dit jamais qu’elle ouvre la porte à l’ennemi : elle dit qu’elle défend la maison, pendant qu’elle lui en remet les clés.
Alors, les C64 : une antichambre de l’agression ? À juger sur les effets, oui. Non pas parce que ses signataires seraient des agents de Kigali — rien ne le prouve, et ce texte ne l’affirme pas — mais parce que leur texte produit exactement l’effet dont l’agression a besoin : un chef rebelle normalisé, un agresseur innommé, une justice ajournée, un gouvernement désigné comme l’obstacle. L’antichambre n’est pas le salon de l’agresseur ; c’est la pièce d’avant, celle où l’on ôte ses chaussures sales avant d’entrer. Rome a ciré les chaussures.
Il existe une autre porte, et elle est au Congo. Un dialogue national, oui — mais dans le pays, devant les institutions, après le désarmement de la rébellion, après le retrait des troupes rwandaises, après la restitution des territoires occupés, et sans jamais effacer le verdict de la justice ni la mémoire des massacres de l’Est. C’est l’ordre des choses : d’abord la fin de l’agression, ensuite la politique. Inverser cet ordre, comme le fait Rome, ce n’est pas préparer la paix : c’est préparer l’entrée. Et une opposition qui prépare l’entrée de l’agresseur, même sans le vouloir, a cessé d’être une opposition : elle est devenue une antichambre.
Professeur Ikanga Ngozi za Kyongo, Ph.D./USA
Analyste politique et Militant des Droits Humains,
Président du Nouveau Leadership pour la Démocratie au Congo (NLDC), Mouvement Citoyen Le 29 octobre 2026