La gestion des entreprises publiques en République démocratique du Congo suscite une nouvelle controverse. Au cœur de celle-ci, la ministre du Portefeuille, Julie Mbuyi Shiku, dont les récentes décisions interrogent autant qu’elles inquiètent sur la cohérence de l’action gouvernementale.
Selon plusieurs sources concordantes, la ministre envisagerait la suspension de plusieurs mandataires publics, évoquant comme motif principal le non-respect de ses consignes hiérarchiques. Une démarche qui, au-delà de son fondement administratif, semble soulever un problème plus profond : celui de la méthode et de l’opportunité politique dans un contexte déjà fragile.
Alors que le Président de la République, Félix Tshisekedi, multiplie les initiatives pour redresser les entreprises du portefeuille de l’État et renforcer leur efficacité, cette vague annoncée de suspensions apparaît, pour certains observateurs, comme un signal contradictoire.
En effet, dans un environnement où la stabilité managériale est essentielle pour impulser des réformes durables, des décisions perçues comme brutales ou motivées par des considérations d’autorité risquent d’accentuer la désorganisation plutôt que de la corriger. La question n’est pas tant celle du pouvoir de sanction légitime dans toute administration mais de son usage dans un moment aussi critique.
Un avertissement déjà lancé par la Banque mondiale
Ce climat tendu intervient alors que la Banque mondiale a récemment publié un rapport alarmant intitulé « Du parking à la voie rapide : réformer les entreprises publiques ». Ce document, rendu public en mars dernier, dresse un constat sévère sur la gestion des entreprises publiques congolaises, pointant notamment :
- une gouvernance instable,
- des interférences politiques fréquentes,
- et un manque de vision stratégique claire.
Dans ce contexte, toute décision susceptible de renforcer l’instabilité au sommet des entreprises publiques risque de compromettre davantage les efforts de redressement déjà fragiles.
Une responsabilité partagée au sommet de l’État
Face à cette situation, la responsabilité du bon fonctionnement des entreprises du portefeuille ne repose pas uniquement sur la ministre concernée. Elle engage également l’ensemble de l’exécutif, notamment le Chef de l’État et la Première ministre, garants de la cohérence de l’action gouvernementale.
L’enjeu dépasse les rivalités administratives ou les questions d’autorité. Il s’agit de préserver des outils économiques essentiels pour le développement du pays. Toute initiative allant à l’encontre de cet objectif mérite d’être questionnée avec rigueur.
LE TONNERRE