Diomaye-Sonko : du tandem au duel
Le Sénégal, modèle de démocratie, connaît souvent des soubresauts qui finissent toujours par un règlement par les urnes Mais le duel, qui oppose Diomaye à Sonko, semble inquiéter plus d’un analystes politiques.

Depuis le limogeage de Sonko par Diomaye, les deux hommes ne se font plus des cadeaux. Chaque sortie publique de l’un comme l’autre est devenue une occasion de se lancer des missiles balistiques verbaux qui secouent Le pays. A l’ occasion d’une conférence de presse tenue le mardi dernier, Sonko a vidé son sac en mettant en exergue la trahison dont il est l’objet de la part de son ancien lieutenant et surtout les conditions par rapport auxquelles les négociations pour la formation du nouveau gouvernement se sont déroulées, poussant le Pastef, parti de Sonko et majoritaire à l’assemblée nationale, à refuser d’ y prendre part.
Mais, hier, profitant de la célébration du centenaire de l’ancien président Wade, Diomaye Faye a répliqué. » La démocratie passe par la prise du pouvoir par les urnes et non par la rue », a-t-il largué, faisant ainsi clairement allusion à l’esprit de confrontation du Pastef par la rue, gatsa gatsa, pendant le règne de Macky Sall. Une déclaration qui a soulevé l’ire des partisans de Sonko qui ont investi les réseaux sociaux pour vouer aux gemonies le président sénégalais qu’ils qualifient de traître.
Pape Moussa Sow, chroniqueur juridique et politique très en vue qui a suivi le discours de Diomaye, a peine à comprendre pourquoi le président sénégalais est allé jusqu’à un tel extrême. » Le président a, sans le citer, attaqué Sonko d’être une personne qui cherche à prendre le pouvoir par la rue.c’est excessif », assène-t-il. Et d’ ajouter. » Mais Diomaye ne peut se démarquer aussi brutalement de l’action de Sonko dont il a été l’homme de confiance pendant de dizaine d’années. Et d’ailleurs, c’est cette confiance qui a fait que Sonko l’ait choisi et l’ait conduit au pouvoir non pas par la rue mais par les urnes et dès le premier tour ».
Sonko, dont le parti prépare le congrès pour le réélire et surtout annoncer la candidature pour la présidentielle de 2029, a, cette fois-ci, invité ses militants à ne pas céder à la provocation. » Soyons focus sur la tenue du congrès. Évitons les propos clivants et les injures », à-il exhorté son camps. Mais, malgré la modération du patron de la majorité parlementaire, la tension ne fait que monter. Entre les partisans du président sénégalais et ceux du chouchou du peuple sénégalais, c’ est une bataille rangée à laquelle on assiste dans les médias, notamment dans la toile mais aussi dans la rue.
» Le président Diomaye et le président de l’assemblée nationale, Ousmane Sonko, doivent dialoguer afin que la paix et la stabilité prévalent dans le pays », soutient Khadim Cisse, Journaliste politique.’ ‘ Les propos qu’ ils nous servent aujourd’hui ne participent pas de la sérénité politique nécessaire pour bien gérer les affaires de la cité », estime Sadikh Niasse, Un militant des droits de l’homme.
Le Sénégal semble plus que divisé et beaucoup d’observateurs craignent déjà un retour aux affrontements qui avaient marqué la fin du règne de Macky Sall occasionnant plus de 80 morts, des emprisonnements par milliers, notamment les deux protagonistes de la crise politique que connaît présentement le pays, et surtout une instabilité politique dont l’arrivée du Pastef au pouvoir semblait avoir tourné la page.
Mohamed Mboyo Ey’ekula